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Analyse technique de la perturbation Internet au Togo – 28 avril 2025

Dans la nuit du 28 au 29 avril 2025, une perturbation majeure de la connectivité Internet a frappé le Togo. Grâce à notre collaboration avec IODA (Georgia Tech) et Cloudflare Radar, nous avons pu analyser cet événement avec précision et transparence.
 Contexte

Cette perturbation est survenue dans un contexte particulier : une panne d’électricité majeure en Europe a été signalée à 10h34 UTC, affectant le Portugal et l’Espagne. Des câbles sous-marins intercontinentaux pourraient avoir été impactés, ce qui aurait contribué à l’instabilité du réseau dans plusieurs pays africains, dont le Togo.

 Chronologie de l’incident
Heure (UTC) Événement
10h34 Panne électrique en Europe (Portugal, Espagne)
17h50 Baisse de connectivité détectée par IODA
21h00 Diminution des annonces IP sur ASN 24691 (Cloudflare)
23h00 Retour progressif à la normale
 Zones impactées

Les données de géolocalisation de IODA indiquent que la région Maritime, incluant Lomé, a été la plus sévèrement touchée.

 Fournisseurs d’accès affectés
ASN Fournisseur Observation
AS30982 Togo Cellulaire (Togocel) Trafic en baisse significative
AS24691 Café Informatique Baisse des annonces IPv4
AS328282 TEOLIS SAU Impact confirmé

Remarque : Ces ASN sont distincts de GVA (Canalbox) ou Togocom. Il est important de ne pas confondre TEOLIS avec GVA, ni ASN 24691 avec Togotel.

Données techniques et outils
IODA – Georgia Tech
 Cloudflare Radar
 Corrélation avec la panne européenne

Bien que la synchronisation des événements soit évidente, aucune preuve formelle ne permet d’établir une causalité directe entre la panne électrique en Europe et la perturbation au Togo. Toutefois, l’impact sur les câbles sous-marins reliant l’Afrique de l’Ouest reste une hypothèse sérieuse.

Par ailleurs, les données récentes partagées par notre équipe Pulse révèlent que 40 % des 1 000 sites les plus consultés au Togo sont hébergés depuis le Portugal. La situation est similaire pour les réseaux de diffusion de contenu (CDN), très peu représentés localement, ce qui renforce notre dépendance vis-à-vis des infrastructures étrangères. En revanche, les interconnexions avec les fournisseurs en amont ne montrent pas de forte concentration vers le Portugal ou l’Espagne, selon les données de Hurricane Electric et PeeringDB. Ces constats soulignent l’importance de ne pas réduire la résilience numérique à la seule infrastructure physique. Elle doit également passer par une meilleure disponibilité locale des contenus. C’est dans cette optique qu’un atelier dédié à cette problématique sera prochainement proposé.

🛠️ Recommandations
  • Renforcer la résilience de la connectivité locale par la création de points d’échange Internet (IXP) et la diversification des routes de transit régionales.
  • Soutenir activement le développement des réseaux communautaires, notamment dans les zones mal desservies, comme solution complémentaire aux infrastructures commerciales.
  • Adopter un cadre légal et réglementaire propice aux réseaux communautaires, en facilitant leur reconnaissance, leur interconnexion et leur accès au spectre ou à la fibre.
  • Encourager l’accès à des liaisons satellitaires à faible coût, notamment pour les zones reculées sans couverture fiable par fibre ou mobile.
  • Former les communautés locales aux compétences techniques (réseaux, cybersécurité, administration) pour une meilleure autonomie en cas d’incident.
  • Mettre en place un observatoire multisectoriel de la connectivité impliquant régulateurs, FAI, société civile, universités et communautés techniques.
  • Intégrer des outils de mesure participatifs (IODA, RIPE Atlas, Internet Society Pulse) dans les dispositifs nationaux de suivi du réseau.
  • Exiger des FAI une obligation minimale de communication et de transparence en cas de perturbation majeure du réseau.
  • Promouvoir la publication de rapports post-incident pour renforcer la redevabilité et améliorer la gestion future des risques.
  • Inscrire la résilience numérique dans les plans nationaux de gestion de crise aux côtés de l’énergie, des télécommunications et des services essentiels.
  • Élaborer une stratégie nationale de protection des infrastructures Internet critiques, notamment les câbles sous-marins, les serveurs DNS, les points d’échange et les centres de données.
  • Encourager l’hébergement local des sites web et services numériques afin de réduire la dépendance aux centres de données étrangers.

  • Faciliter le déploiement de nœuds de cache (CDN) au Togo en collaborant avec les grandes plateformes (Google, Meta, Akamai, etc.).

  • Soutenir le développement d’un écosystème d’hébergeurs nationaux à travers des incitations fiscales et des partenariats public-privé.

  • Inciter les institutions publiques à relocaliser leurs plateformes numériques dans des infrastructures contrôlées localement.

  • Élaborer une stratégie nationale sur le contenu numérique local, incluant des volets technique, culturel, éducatif et économique.

  • Renforcer les capacités techniques des acteurs locaux en matière d’infrastructures d’hébergement et de gestion du trafic.

  • Organiser des ateliers multiacteurs pour identifier les blocages actuels et co-construire des pistes d’action concrètes.

  • Intégrer ces efforts dans une politique plus large de souveraineté numérique et de résilience des infrastructures critiques.

Pour toute demande de précision, collaboration technique ou entretien:  contact@isoc.tg

Ce rapport repose sur les données disponibles à la date du 30 avril 2025. Il sera mis à jour en fonction de l’évolution des analyses et des données fournies par les FAI et les partenaires techniques.